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MESURES de SECURITE : des conditions de travail impactées

lundi 10 octobre 2016

Depuis la fin de l’année scolaire dernière, la sécurité a pris un temps important de la réflexion des équipes enseignantes. Nous demandons d’urgence une réunion avec la DSDEN, des représentants de la préfecture, des forces de l’ordre, et les directeurs des écoles, pour faire la clarté sur les mesures essentielles et efficaces à mettre en œuvre pour la sécurité des élèves des écoles de la Manche.

Si agir pour se préparer et préparer les élèves à réagir en cas d’attaque terroriste apparaît être du bon sens, la multiplication des circulaires et des mesures à prendre, parfois contradictoires, rend ce travail difficile dans les écoles.

De plus, selon les configurations des établissements, l’application efficace de certaines mesures dépend essentiellement de l’action des collectivités territoriales. Celles-ci semblent d’ailleurs ne pas toujours se sentir assujetties aux mêmes impératifs. En effet dès le temps scolaire terminé (garderie, cantine, TAP...), les mesures de sécurité ne s’appliquent plus et l’école est ouverte à tout va.

Au fil des circulaires et des réunions, les priorités du PPMS attentat changent : se confiner en mai 2016, puis fuir début septembre 2016, puis faire les deux dans la circulaire du rectorat de fin septembre.
Or les équipes enseignantes doivent créer des réflexes chez les élèves au moment du signal d’alerte et donc avoir des priorités claires.

La question de se barricader pose aussi question, la gendarmerie, lorsqu’elle est questionnée, signalant que l’idée n’est pas bonne. Très pratiquement, les placards et bureaux ne sont pas déplaçables. On risque le sur-accident.

Les équipes enseignantes sont sommées d’organiser un exercice avant la Toussaint sans avoir eu de réponses claires à leurs interrogations.

Les référents sécurité ne sont pas encore connus partout. Ces derniers, souvent des gendarmes, n’ont pas non plus la même approche des problématiques que le MEN.

LES INTERROGATIONS SE MULTIPLIENT POUR LES ENSEIGNANTS :

- Quelle alarme spécifique mettre en place ? Là aussi les discours divergent : un sifflet ou un signal sonore, mais ça cible le donneur d’alerte ; une alarme lumineuse avec des boutons poussoirs un peu partout, mais attention aux élèves maladroits.

- Comment surveiller les alentours de l’école pendant les cours ? C’est impossible dans la plupart des cas. Sur les affichettes envoyées par le ministère, on voit un accueil avec des agents de sécurité à l’entrée des écoles, qui assurent le contrôle. Ce n’est pas du tout la réalité dans la grande majorité des groupes scolaires. Faudrait-il un agent ou un vigile en permanence dans toutes les écoles pour assurer une réelle surveillance ?

- Faut-il fermer à clé les portails extérieurs ou simplement les bâtiments ? Fermées ces barrières sont souvent facilement franchissables par un adulte, mais peuvent empêcher les élèves plus petits de fuir si nécessaire.

- L’école ouverte est une des priorités affichées par le MEN en cette rentrée 2016, notamment pour construire les projets d’école. Les incohérences des dispositifs sécurité apparaissent de manière flagrante à l’occasion des élections des représentants des parents d’élèves par exemple. Une circulaire de la DSDEN mentionne que l’on doit ouvrir un bureau sur du temps scolaire pour permettre aux parents de venir voter.

- On doit assurer la surveillance des entrées et sorties, tout en faisant classe. Il faut « que des adultes soient présents à l’entrée  ». Est-ce des parents à qui on a donné des pouvoirs de police ? Il faut faire des « contrôles visuels des sacs avec le consentement de leur propriétaires  ». Doit-on laisser passer quelqu’un qui ne souhaite pas ouvrir son sac ? « On ne doit pas empêcher le dialogue avec les parents ». Mais il faudrait que ce dialogue soit très court, dehors, parfois sous la pluie, pour ne pas former d’attroupement.

- L’école ouverte, c’est aussi aller « découvrir le monde », visiter les lieux de culture conseillés notamment dans le cadre du nouveau parcours d’éducation artistique et culturel. Or les nombreux documents d’autorisation de sortie à remplir découragent les enseignants.

- La simplification des tâches de direction, chantier ouvert par le gouvernement, se transforme en complexification administrative. Il faut aussi réécrire le PPMS attentat à chaque nouvelle information. Le guide spécial attentat du MEN pour les directeurs d’école demande, dès le début de la journée d’assurer l’entrée dans l’école, de vérifier les sacs en demandant aux parents de ne pas s’attarder, de visualiser qui prend la centaine d’enfants en élémentaire, de s’assurer de l’identité des oncles ou amis de parents d’élèves, tout en regardant s’il ne traîne pas un cartable piégé dans un coin.

Dans tous les cas, les mesures demandées aux équipes enseignantes ne pourront pas empêcher l’action de personnes déterminées.

L’action de l’équipe enseignante devrait être d’apprendre aux élèves à reconnaître une alerte spécifique, à apprendre à fuir par les bons chemins lorsque c’est possible, et de permettre cette fuite en s’assurant que toutes les sorties possibles ne soient pas verrouillées.

Le reste, pour être efficace, doit être laissé à l’initiative de professionnels de la sécurité, ce que ne sont pas les enseignants.

Quand le contexte est exceptionnel, que les mesures à prendre sont exceptionnelles elles aussi, il est indispensable de clarifier les attentes et de fournir des outils et des réponses claires aux enseignants.